« Je suis DAF, j’ai 55 ans, mon DG en a 27……… »

« Je suis DAF, j’ai 55 ans, mon DG en a 27……… »

Intégrer une start up est possible quand on est DAF confirmé. Les DG de start ups qui ont des fonds d’investissement à leur capital se voient souvent sommés de recruter un DAF confirmé en échange des fonds qui y sont investis.

Prenons un DAF expérimenté, qui va aider la société à se structurer. Prenons une société créée par de jeunes et brillants ingénieurs geeks qui développent leur société à marches forcées, l’internationalisent. L’âge moyen des équipes est inférieur à 30 ans, le DG et son équipe de direction ont moins de 30 ans.

Comment la greffe peut-elle prendre ?

Le DAF, s’il vient d’un secteur d’activité de la « vieille économie » doit d’abord s’attacher à comprendre le business, à structurer les finances de l’entreprise, à mettre en place un contrôle de gestion qui permet de suivre les performances de l’entreprise. Il peut être amené à structurer des process : (achats, RH et notamment recrutement, facturation, contrôle interne,  ….) , à proposer des outils, à optimiser la gestion (fiscalité, rentabilité, …). Tout cela est classique.

Sur le plan relationnel et humain, c’est une transformation !

Toute prise de poste de directeur financier nécessite un apprivoisement réciproque pour arriver à constituer un binôme  DAF – DG qui a confiance, qui performe. Dans une start-up, voici quelques surprises à anticiper :

  • « j’envoie des mails et personne ne répond ». C’est normal, le canal de communication sera le chat. Cela nécessite pour notre DAF de l’ancienne économie de s’adapter à un nouveau mode de communication. Dur, mais c’est en plongeant dans la piscine qu’on a le plus de chance d’apprendre à nager.
  • « je ne trouve personne pour aller déjeuner dans un petit resto sympa, ils mangent tous en jouant à des jeux video dans une salle commune, avant de se retrouver à l’afterhours pour échanger. » Eh oui, et voilà notre DAF qui déjeune de temps en temps dans la salle pour sentir l’atmosphère, capter des informations, en donner. Peut-être est-ce l’occasion d’aider les jeunes collaborateurs à déconnecter de temps en temps?
  • « le DG ne m’implique pas dans la stratégie, je découvre ses décisions après coup, … » Cà, ce n’est pas nouveau, c’était aussi le cas dans l’ancienne économie. Le DAF convaint le DG de faire des points hebdos, voire quotidiens sur certaines périodes. Comment ? Ayant bien compris son business model, il lui construit un tableau de bord sur mesure qu’il peut consulter en temps réel. Effet Waouh garanti ! Quelques propositions montrent au DG qu’en impliquant le DAF en amont, l’exécution se fera au meilleur coût, moins dans l’urgence. Enfin, le DAF aide le DG à communiquer avec les fonds. Parallèlement, le DAF a poussé à la tenue d’un codir qui a lieu en afterworks tous les vendredis soirs : c’est cool. (Le DAF commence à intégrer les codes de la nouvelle économie)
  • « le DG s’expatrie aux Etats Unis en Californie ». Super pour l’entreprise, c’est peut-être l’occasion de décrocher un contrat avec Google, de lever des fonds plus importants, de se développer plus vite. Vive la french tech… Sauf que le dialogue devient difficile : décalage horaire, agenda surchargé, manque de disponibilité. Il est urgent d’obtenir des délégations de pouvoir pour avancer sur un certain nombre de sujets et de rencontrer le responsable financier américain pour homogénéiser les process de gestion. Et des questions se posent : où implanter le siège social, on vise aussi l’Asie, le directeur commercial va s’y installer, on devient mondial …. Est-ce possible de travailler tous à distance ? Faut-il déménager aux Etats-Unis pour que le binôme DAF-DG perdure ? Si la France devient simple filiale, l’intérêt du poste de DAF diminue, il faut peut-être rechercher un nouveau poste de DAF ?

Fort de la bonne relation instaurée au début, le DAF est conforté dans son poste, un Codir à distance est mis en place ainsi que des programmes de distribution d’actions. Tout le monde est dans le même bateau.

  • « le business model est chahuté » : après une forte croissance rentable du chiffre d’affaire, un concurrent vient challenger la techno. Il faut vite adapter l’offre. Le DAF propose un séminaire pour construire une vision partagée. C’est nouveau ! D’habitude, la vision, c’est le DG qui l’avait. Le DAF arrive à le convaincre d’adopter cette façon plus collaborative de travailler. Cela remotive les salariés, génère quelques nouveaux produits qui font repartir l’activité. Ouf ! On n’est pas passé loin du plan social et de la recherche d’un acheteur….
  • « les vacances arrivent, vais-je pouvoir déconnecter ? » En deux ans, il s’est passé plus de choses que pendant les dix dernières années. Le repos est bien mérité. Le DAF décide de passer une semaine en montagne où le wi-fi ne passe pas. Il est joignable en cas d’urgence uniquement. Il a monté une équipe financière capable d’assurer en son absence. Après cette semaine déconnectée, il essaie un stage de méditation : c’est la mode dans la silicon valley, son DG a essayé, il parait que que c’est un vrai kiff…….

Notre DAF s’est adapté, il tweet régulièrement ses conseils business et a 6 000 followers. Cependant, il pense déjà à la prochaine étape. Si l’entreprise est revendue, pourquoi ne pas reprendre une entreprise disposant d’un savoir faire bien français, et l’aider à se développer grâce au digital. Ce serait l’occasion de s’installer dans une ville sympathique, en région, de se poser un peu après une expérience un peu folle…… Se reposer ? Sauf si le succès dépasse là encore les attentes…….

Et pourquoi ne pas devenir investisseur ou administrateur ou mentor, et faire profiter d’autres DG de toute cette expérience acquise ?